Claude Raynal Sénateur

Actu Métropole

Propos introductif de Claude Raynal en Conseil métropolitain du 13 décembre 2018

D'une part, face aux iniquités sociales, fiscales et territoriales, j'ai rappelé la responsabilité du Gouvernement qui doit écouter l'ensemble des revendications des Français. A cet égard, nous espérons tous que les violences subies par nos ville sont derrières nous.

D'autre part, j'ai exprimé mon étonnement de voir que Monsieur Jean-Luc Moudenc avait totalement changé de discours depuis son investiture : « Après avoir été centriste puis républicain avant d’être macroniste, Jean-Luc Moudenc, inquiet de la tournure actuelle des évènements, propose de revenir sur l’ensemble des mesures prises par un gouvernement qu’il a soutenu bec et ongles pendant 18 mois pour reprendre les propositions portées depuis longue date par la gauche ».

Voici mon intervention dans sa totalité :

« Vous avez bien sûr eu raison, Monsieur le Président, d’ouvrir notre séance d’aujourd’hui en demandant une minute de silence pour Strasbourg, son maire Roland Riess, ses conseillers communaux et métropolitains et sa population, durement atteints Mardi soir. Notre groupe a une pensée en direction des victimes et de leurs familles endeuillées à quelques jours maintenant des fêtes de Noël. Nous sommes d’autant plus sensibles à ces évènements qu’ils nous ramènent chaque fois à la tragédie que nous avions nous-même connue en 2012 et que nous ne pouvons effacer de nos mémoires.

En tant que maires et élus municipaux membres de cette assemblée, nous partageons votre colère de voir notre ville, capitale régionale, dégradée et pillée par des casseurs et des vandales. Aucun, dans cette salle, ne pourrait accepter que la commune qu’il administre ne connaisse ne fut-ce que 10% des exactions qui se sont produites à Toulouse. Nous formons le vœu que ces violences soient aujourd’hui derrière nous et que l’on puisse, dans les prochaines semaines, essayer de répondre aux principales demandes, le plus souvent justifiées et exprimées par quelques-uns mais soutenues par une grande partie des Français.

Dans ce débat qui va s’ouvrir, vous l’avez rappelé, l’Etat et donc le gouvernement a sans doute une responsabilité particulière. Si le Président de la République et le Gouvernement, par leurs politiques brutales et les transferts fiscaux qu’ils ont opéré en quelques mois au détriment des plus faibles ont allumé la mèche, nous pouvons tous ensemble partager que 40 ans de tentatives d’ajustement de notre pays aux règles de la mondialisation libérale se sont traduites ici comme ailleurs, par une aggravation incontestable des iniquités sociales, fiscales et territoriales sur lesquelles nous devons maintenant revenir.

Le gouvernement a donc une large part de responsabilité. Il aura malheureusement une fois de plus attendu que le mouvement de protestation embrase le pays, et c’est souvent le cas, ancien ou nouveau monde réunis, pour que l’Etat accepte de bouger : Suppression des augmentations des taxes sur le carburant, le gaz et l’électricité, augmentation du seuil pour l’augmentation de la CSG, premières mesures sur les bas salaires, autant de mesures qualifiées d’impossibles il y a peu.

Mais, mes chers collègues, cette question nous est également adressée ; d’une part parce que notre image est aujourd’hui largement dégradée, même si elle l’est moins pour les élus locaux que nationaux, d’autre part parce que le sujet fiscal nous concerne tout autant que l’Etat ; le sujet est trop grave pour que j’en profite ici pour lancer quelques piques à ce sujet ; ce serait pourtant facile mais le temps viendra ; je ne peux que nous engager collectivement à relire nos choix budgétaires passés et indiscutablement ceux qui sont devant nous à l’aune de ce que nous demandent l’essentiel de nos concitoyens.

Monsieur le Président, j’ai lu avec intérêt vos déclarations suite à votre rencontre à l’Élysée avec le Président Macron ; je n’en ai partagé qu’une phrase : « Si nous ne réussissons pas, c’est la porte ouverte aux extrêmes ; personne ne peut plaider pour ça » ; je suis d’accord ; pour le reste j’ai retrouvé, parmi vos propositions, l’ensemble des éléments de langage qui tournaient en boucle depuis une semaine : « j’ai invité le Président à fonder un nouveau contrat social » ; « le Président de la France doit s’occuper des petites gens, des salariés modestes, des retraités, des petits commerçants » ; que de profondeur, et surtout quelle fatuité ; une telle qualité d’analyse a dû le bouleverser ; je me suis demandé si, ce lundi, il ne vous avait pas transmis ses oripeaux jupitériens. Mais le meilleur reste à venir : vous avez doctement déclaré : « j’ai conseillé au Président Macron de surprendre. » ; là vous parlez d’or : si, dans cette assemblée, il y en a un qui ne surprend jamais personne, c’est bien vous : notre débat sur l’eau de tout à l’heure sera en parfaite illustration : vous vouliez une Délégation de service public (DSP), vous aurez une DSP ; c’est quand même cocasse qu’un homme aussi prévisible conseille l’inverse à un autre ;

Enfin, ce n’est pas si vrai que cela finalement : dans ce même article, vous vous faites le héros de mesures fortes : rétablissement des APL, annulation de la hausse de la CSG, maintien des pensions de réversion, contribution fiscale payée par les plus riches fléchée vers la transition énergétique… Au secours : après avoir été centriste puis républicain avant d’être macroniste, Jean-Luc Moudenc, inquiet de la tournure actuelle des évènements, propose de revenir sur l’ensemble des mesures prises par un gouvernement qu’il a soutenu bec et ongles pendant 18 mois pour reprendre les propositions de la gauche ; de grâce, mesdames et messieurs les élus républicains, évitez cette dérive ! Je vous remercie ».